Yannick Rumpala : La science-fiction pour « habiter les mondes en préparation »

Dans un entretien avec l’équipe de Pop-Up Urbain, le chercheur en sciences politiques Yannick Rumpala décrit la manière dont il envisage la science-fiction comme “exercice de pensée” pour “réenclencher des réflexions éthiques et politiques à partir de représentations saisissantes poussées aux limite.”

“Cet imaginaire et les spéculations qu’il contient pourraient être un appui et un stimulant intéressants pour la réflexion collective. À condition de ne pas rester dans le registre catastrophiste et apocalyptique, qui peut avoir un intérêt critique (beaucoup ont probablement encore en tête le film Soleil vert), mais qui a eu tendance à écraser d’autres registres possibles. (…) Pour moi, les récits de science-fiction peuvent en proposer d’autres, mais dans le futur, sur le mode de l’expérience de pensée. (…) Ses constructions imaginaires sont l’un des rares endroits où l’on peut voir vivre, agir, s’organiser les « générations futures »”.

Dans l’entretien, Rumpala, dont le blog abrite de nombreux articles sur le sujet – papiers de recherche, entretiens, réflexions libres… – s’intéresse en particulier au sous-genre en développement de la “Climate Fiction” (qui prend appui sur le changement climatique) : “la science-fiction offre une manière particulière, anticipatrice, exploratoire, de mettre en scène les processus par lesquels des collectifs humains, ou plus larges, font face à des problèmes environnementaux. Exemple devenu presque classique : l’utilisation rationalisée de l’eau, ressource extrêmement rare sur la planète Arrakis, des romans de la série Dune de Frank Herbert.

“Si l’humanité entre dans une ère géologique qu’elle a elle-même contribué à créer, ce qu’on appelle maintenant l’anthropocène, cette situation vient changer fondamentalement les conditions de la réflexion collective et, surtout, oblige à réviser l’outillage intellectuel disponible. La science-fiction fait au moins un peu sortir du présentisme et des temporalités de court terme. C’est peut-être aussi une voie pour prendre conscience que le devenir de l’espèce humaine passera par la prise en compte de dépendances à un milieu, lequel a aussi ses limites. Dans des conditions dégradées, la vie devient plus compliquée. L’habitabilité planétaire, d’ailleurs, n’est pas seulement une question climatique. Qu’est-on prêt collectivement à abandonner ou à perdre ? Des paysages ? Des espèces ? Des écosystèmes complets ? Quel respect les humains accordent-ils aux autres espèces qui habitent avec eux ? Si cette habitabilité s’avère dégradée, est-il possible de la restaurer ? Les tentatives peuvent être risquées, et la science-fiction a logiquement commencé à devenir une modalité pour tester des scénarios d’échec.”

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