Prospective Lab : retour du futur du futur

logo-labLe Prospective Lab tenait sa première rencontre annuelle à Paris le 21 février 2017. L’occasion d’un point (un peu) prospectif sur les méthodes de prospective et leurs évolutions, en France et surtout ailleurs.

L’évolution des méthodes de prospective

Ces méthodes ont toujours évolué, à la fois dans le temps et dans l’espace. Le jeune chercheur Finlandais Tuomo Kuosa en retrace à sa manière l’historique dans sa thèse et un article (“Evolution of Futures Studies“, Futures, 43(3):327-336, Avril 2011).

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“Age classique” ou “sport de combat” ?

François Bourse, directeur du Prospective Lab, synthétise les ateliers organisés sur le renouvellement des approches et des méthodes de la prospective. Selon lui, “nous vivons aujourd’hui un « âge classique » en matière de démarches et de techniques de prospective.” Les démarches méthodologiques se ressemblent beaucoup, sauf sans doute dans l’association des parties prenantes, et se rénovent peu. Les outils collaboratifs et en ligne n’ont pas encore révolutionné les pratiques. Les nouveaux outils de prévision n’ont pas réellement été intégrés : réseaux neuronaux, modèles multicouches, méthodes non paramétriques, big data et modèles… Les enseignements des sciences cognitives posent question, sans être encore vraiment exploités : biais cognitifs ; empan – combien de scénarios peut-on traiter ? ; importance des émotions ; illusions de causalité…

Cependant – et l’on pourrait y voir une contradiction – François Bourse fait également état d’une “forte dynamique internationale de recherche, publication et enseignement en matière de prospective – à laquelle les prospectivistes francophones participent peu.”

Dans le même temps, la mise en pratique de la prospective au sein des organisations s’avère de plus en plus délicate. Il faut faire simple, efficace, tout en associant les parties prenantes et leur rendant compte. Il faut marquer les esprits, dans des délais de plus en plus courts, avec des experts et acteurs de moins en moins disponibles… Et ce dans un contexte de foisonnement des matériaux et discours à caractère prospectif. La prospective devient un “sport de combat“, toujours contrainte de démontrer son utilité à des acteurs focalisés sur la décision de court terme, suggère Cécile Wendling d’Axa.

Lorsqu’il existe, le renouvellement des approches semble plutôt s’opérer par hybridation avec d’autres disciplines, d’autres méthodes : créativité, design thinking, design fiction, lien entre prospective et innovation…

Quelques nouvelles d’ailleurs

La prospective américaine n’a jamais ressemblé à la prospective “à la française”. Elle croit beaucoup plus au pouvoir de la technologie, elle aime les experts et les visionnaires, elle cherche plus volontiers à prédire le futur (le lien avec les visionnaires s’exprimant au travers de la phrase attribuée à la fois à Alan Kay, Buckminster Fuller, Peter Drucker et Abraham Lincoln : “le meilleur moyen de prédire le futur est de le créer“).

En matière de prévision, elle a beaucoup investi sur les “marchés de prédictions” et l’identification de “superprévisionnistes” dont les prévisions – agrégées – seraient particulièrement précises. Mais Cécile Wendling, au terme d’un voyage d’étude aux Etats-Unis, signale également d’autres approches intéressantes et plus spéculatives :

  • La prospective “aspirationnelle” de l’Institute for Alternative Futures (IAF), “leader dans la création de futurs préférés“, mobilisant des techniques allant jusqu’à la méditation.
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  • Et le recours à la science-fiction, comme l’explore par exemple le Project Hieroglyph.

Et le reste du monde ?

Sous l’étiquette (ethnocentrée ?) de “renouveau culturaliste”, François Bourse signale le succès croissant du prospectiviste d’origine pakistanaise Sohail Inayatullah. Un premier regard au site Metafuture, qu’il tient avec Ivana Milojević, ne suffit pas à comprendre l’originalité de la démarche, et son attractivité en dehors de l’Occident : celle-ci repose au fond sur la diversité des futurs possibles (et même souhaitables), en lien avec “les visions du monde et les mythes qui les sous-tendent.” La méthode s’appuie sur une “analyse causale par couches” qui fait la part belle aux discours, aux représentations, aux systèmes de valeur, aux mythes et aux métaphores. “L’objectif, conclut François Bourse, n’est pas de prédire l’avenir mais de créer des mondes possibles pour montrer qu’il peut y avoir des avenirs différents.
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